Michèle Alliot-Marie : rencontre

Biographie

Michèle Alliot-Marie est née le 10 septembre 1946 à Villeneuve-le-Roi (Seine-et-Oise). Docteur en droit et sciences politiques, elle entame une carrière de professeur à l’université. En parallèle, elle s’engage en politique au sein du RPR et s’implique dans la municipalité de Ciboure, au pays basque.
Députée des Pyrénées-Atlantiques de 1986 à 2012 et membre du Gouvernement dès 1986, elle est notamment en charge de l’enseignement. Puis Édouard Balladur lui confie le ministère de la Jeunesse et des Sports en 1993. Deux ans plus tard, celle qu’on surnomme déjà MAM remporte la mairie de Saint-Jean-de-Luz.
Elle préside le Rassemblement pour la République (RPR) de 1999 à 2002. Elle dirige consécutivement les quatre ministères régaliens de 2002 à 2011 : Défense, Intérieur, Justice puis Affaires étrangères et européennes. En 2006, elle fonde son propre courant gaulliste, Le Chêne, au sein de l’UMP. En 2014, elle est élue députée européenne.
Aujourd’hui, elle co-préside le board des Seniors Advisors de l’Institute for East-West Strategic Studies de Cambridge et Oxford. Elle est également vice-présidente de l’Académie de Diplomatie culturelle de Berlin. 

Quel regard portez-vous sur la géopolitique mondiale en 2025 ?
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, jamais le monde n’a été dans une situation aussi tendue et dangereuse. Quasiment tous les continents connaissent des conflits ouverts, certains de longue date, certains récents, d’autres des tensions susceptibles de dégénérer.
Les fondements même du droit international sont remis en cause, au même titre que les traités sur la non-prolifération par exemple.
De nouveaux champs d’affrontements potentiels apparaissent, en particulier dans l’espace. Ajoutons que la multiplication et la sophistication des armes classiques, nucléaires, biologiques, bactériologiques, renforcent les craintes suscitées par la situation géostratégique.

Que pensez-vous de la politique « étasunienne » mise en place par le président Trump ?
La volonté de puissance des États-Unis n’est pas nouvelle. Le style de Donald Trump la rend plus évidente, mieux connue du grand public et plus agressive.
La surenchère des droits de douane et ses répercussions mondiales soulignent qu’aujourd’hui les guerres ne sont plus simplement militaires mais aussi économiques et technologiques. Les droits de douane sont un outil de pression utilisé par Donald Trump. Ils sont particulièrement efficaces pour les petits pays, dépendant de leurs exportations pour survivre économiquement. Les pays ou ensembles de pays ayant un marché intérieur et des marchés extérieurs importants sont mieux à même de préserver leur souveraineté et éventuellement de répliquer en taxant les importations américaines.
La France, lorsqu’elle entraîne les pays de l’Union européenne dans une politique concertée, a, grâce à son avancée technologique dans de nombreux domaines, une capacité globale de réaction. Ceci ne signifie pas que certains secteurs ne se sentent pas menacés. Cela met aussi en lumière la nécessité pour l’Union européenne de prendre conscience de ses intérêts communs et de l’exigence de leur défense.

Quels sont les nouveaux enjeux économiques mondiaux ?
Les nouveaux enjeux économiques mondiaux sont d’abord ceux de l’IA et de l’indépendance énergétique. Ils seront bientôt celui de l’espace et de la mer, trop souvent minimisée. Il faut noter par ailleurs que le centre névralgique de ces enjeux se déplace vers l’Asie.

Quelle est  la position de la France face aux grands défis européens ?
La France a toujours été, avec l’Allemagne, l’un des moteurs essentiels de l’Europe. Elle contribue à l’indépendance alimentaire de l’Europe et, dans une moindre mesure et d’une certaine façon, à son indépendance énergétique. Elle apporte une vision stratégique mondiale. Dans cette période de tensions, elle a l’armée la plus puissante et la plus professionnelle de l’Union européenne. Elle est la seule à disposer de la dissuasion nucléaire.
Pour autant, la situation économique, financière et politique de la France actuellement l’affaiblit considérablement. Notre pays a certainement la vision la plus ambitieuse et la plus réaliste de l’Europe dans le monde actuel. Il n’a, me semble-t-il, plus ou pas assez les moyens de les imposer ou même de les faire partager dans une France elle-même très divisée.

Quels sont les grands défis internationaux ?
Le principal défi international est à mes yeux la paix. La stratégie d’affrontement qui se dessine aujourd’hui dans les relations internationales impliquerait qu’aujourd’hui une voix, comme celle hier du Général de Gaulle lors du discours de Phnom Penh, offre une alternative. L’opposition entre monde occidental incarné par les États-Unis et, faute de position propre, par l’Europe, et d’autre part monde non-occidental et Brics regroupés autour de la Chine et de la Russie, est dangereuse et porteuse d’affrontements économiques, idéologiques, voire militaires.
Il entre dans la vocation de la France d’offrir aux pays peu enthousiasmés par la perspective d’une bipolarité du monde une troisième voie. Sa faiblesse économique, sa division sociale, sa paralysie politique l’empêchent de jouer ce rôle. Il est temps que cela cesse.

Interview réalisée par Valérie Godalier.

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