
Le secteur des paiements, un des piliers vitaux de notre économie, est en pleine effervescence. Porté par une accélération digitale fulgurante, une innovation technologique constante et des enjeux cruciaux de souveraineté, il est devenu un indicateur clé des mutations de notre société.
L’usage des moyens de paiement connaît aujourd’hui une extraordinaire transformation. Le Sommet CB du 31 mars 2026 a été l’occasion de lever le voile sur plusieurs initiatives structurantes pour accompagner ces évolutions : paiements digitaux, paiements fractionnés, accessibilité des terminaux, cartes biométriques, IA agentique, informatique quantique… autant de chantiers qui témoignent de la volonté de CB d’innover tout en consolidant et en sécurisant un modèle de paiement souverain. Une mobilisation qui illustre, par la même occasion, le dynamisme du réseau et son rôle central dans la transformation des paiements en France. C’est ce qu’ont pu constater les 100 exposants et les 3 000 participants réunis le 31 mars dernier au Carrousel du Louvre.

Interview
Philippe LAULANIE
Directeur général de CB
Philippe Laulanie, les résultats de CB confirment-ils que la croissance est à nouveau au rendez-vous – notamment du côté des transactions réalisées par les particuliers, avec par exemple le record absolu battu lors du Black Friday ?
L’année 2025 a été en effet marquée par la reprise des volumes à la hausse et un nouveau record absolu à l’occasion du Black Friday, avec plus de 53 millions de transactions en une journée, frôlant les 1 000 transactions par seconde aux heures de pointe. Une dynamique qui s’intensifiera en 2026 grâce à la montée en charge des paiements mobiles CB, aux annonces de recobadging de plusieurs établissements bancaires, et qui continuera à s’appuyer sur la compétitivité de CB via des coûts significativement inférieurs à ceux de la concurrence et des taux de fraude totalement maîtrisés.

Du côté des entreprises et des demandes d’adhésion, la dynamique commerciale est-elle satisfaisante ?
À l’instar de JPMorgan et Adyen, près d’une trentaine d’acteurs bancaires français et internationaux ont exprimé leur souhait de rejoindre CB, ce qui est vraiment une preuve de son attractivité sur le marché.
La lutte contre la fraude est-elle aussi en voie d’amélioration ?
Le taux global est au plus bas historique avec une amélioration remarquable de plus de 15 % en e-commerce. Il y a deux fois moins de fraude sur le réseau CB que sur ses concurrents internationaux. Il faut dire que, pour CB, en plus de la facilité d’usage, la sécurité est au cœur de nos préoccupations. Nos performances, on les doit à notre excellente connaissance du marché et à nos solutions de lutte contre la fraude boostée à l’IA nous permettant d’analyser 150 paramètres en moins d’une seconde !
Qu’en est-il du digital et de l’intégration de CB par toutes les banques dans Apple Pay ?
Cela a permis de doubler les volumes de paiements mobiles de CB en 2025. Cette progression devrait s’accélérer en 2026 avec une année pleine d’Apple Pay et l’accostage prévu de Samsung Pay, Google Pay, et surtout Wero Pay. L’innovation reste une priorité, et CB y contribue avec, notamment à court terme, la finalisation du déploiement du sans contact plus, l’accélération du SoftPos, le lancement de Click to Pay, de nouvelles cartes et des développements numériques plus inclusifs…
Au-delà de ce premier constat, peut-on dire que le paiement s’affirme comme une filière de souveraineté technologique et économique face aux crises géopolitiques, cyber et technologiques ?
Les conférences du Sommet CB ont mis en avant tous ces enjeux : souveraineté européenne, résilience des infrastructures critiques et sécurité des transactions face aux crises géopolitiques. Payer CB, c’est payer français, c’est un acte citoyen. Pour l’avenir, on doit continuer à garantir la continuité et la résilience des paiements, la protection des données et protéger notre modèle souverain.
Quelle conclusion tirez-vous à la suite du Sommet ?
Au-delà des avancées technologiques, le Sommet CB montre que le paiement est un pilier de la stabilité économique et monétaire. CB renforce la confiance des citoyens, protège les consommateurs, les commerçants, et vise à l’inclusion sociale et territoriale.
Emmanuel Macron affiche son soutien à la souveraineté française en matière de moyens de paiement

Le président de la République a rappelé, dans une vidéo diffusée lors du Sommet CB le 31 mars dernier, que les moyens de paiement représentent une part essentielle de notre souveraineté. Pour le Président, « renoncer à maîtriser les paiements serait accepter que le cœur de notre transaction dépende d’acteurs qui ne sont pas forcément alignés avec nous, qui n’ont pas forcément les mêmes intérêts ».
Avec 77 millions de cartes en circulation en France en 2024 et 14,5 milliards de transactions, CB est leader en France, mais était en perte de vitesse ces dernières années face à Visa et Mastercard. La faute au retard de CB, maintenant comblé, dans le paiement mobile, le décobadging de certains établissements et l’émergence des néobanques en ICS only.
Au second semestre 2025, les parts de marché du Groupement des Cartes Bancaires sont reparties à la hausse.
Le modèle du Groupement d’intérêt économique des Cartes Bancaires CB (GIE CB), créé en 1984 et « unique en Europe »,
« représente 80 % de transactions dans notre pays », a rappelé Emmanuel Macron. Le chef de l’État a appelé tous les acteurs financiers nationaux et européens à « avoir recours » à ce modèle ouvert qui permet la collaboration avec d’autres, « ce qu’on appelle le “cobadging” en bon français ».
En 2022, les membres du GIE CB, qui définit les modalités de fonctionnement des paiements par carte CB, ont voté à l’unanimité un plan sur quatre ans de réarmement pour renforcer CB face à la concurrence internationale : CB Dynamique 26. En parallèle, le Comité national des moyens de paiement de la Banque de France a renforcé ce plan en définissant la souveraineté du paiement comme un impératif.
Or, le paiement est « le dernier kilomètre de la souveraineté économique », et le maîtriser, « c’est maîtriser la sécurité de nos échanges, la continuité de notre économie, notre capacité à décider par nous-mêmes et donc notre indépendance », a insisté le chef de l’État.
CB en chiffres
Créé en 1984 pour mettre en œuvre un système de paiement par carte et mobile universel et interopérable, ainsi qu’un système de retrait dans les distributeurs automatiques de billets en France, le Groupement des Cartes Bancaires CB est l’organe de gouvernance du réseau de paiement par carte et mobile CB.
En 2025, CB représente 78 millions de cartes cobadgées, 15 milliards de transactions, dont 8 milliards en sans contact et 2 milliards en e-commerce, 700 milliards d’euros de volumes traités, 75 % de parts de marché, 2/3 de la consommation courante en France payés avec CB et 20 % des volumes de paiements par carte et mobile de la zone euro.
Après la cession de Visa Europe et la montée en puissance des néobanques, les réseaux de paiement internationaux sont devenus de véritables concurrents. Ils ont alors pleinement mobilisé leur puissance financière et leurs leviers marketing, entraînant le décobadging de certaines cartes. Aujourd’hui, grâce à la volonté conjointe des banques et des autorités publiques, le retour au cobadging est amorcé. Par ailleurs, l’arrêt du projet EPI a accentué le recul de CB en retardant et en freinant son intégration dans les solutions XPay, qui ont toutes quasiment été lancées sans CB. Ce retard est désormais comblé, l’ensemble des banques françaises proposent aujourd’hui les paiements mobiles avec CB dans Apple Pay et, courant 2026, dans Samsung et Google Pay.

L’euro numérique, des visions partagées
L’euro numérique est un projet de la Banque centrale européenne (BCE), qui sera accessible à l’ensemble des Européens dans les 20 pays utilisant l’euro. Sa mise en circulation aura lieu au plus tard en 2029, après avis du Conseil européen et du Parlement européen. La Commission européenne et le Conseil européen ont marqué leur soutien au projet en décembre 2025, et le Parlement européen est aujourd’hui saisi de ce sujet. L’euro numérique est une forme de monnaie publique, qui viendra compléter les autres paiements privés. Son objectif : permettre l’indépendance par rapport aux moyens de paiement américains et renforcer la souveraineté monétaire des paiements.

Aurore Lalucq, présidente d’ECON, la commission des affaires économiques et monétaires au Parlement européen
Un sujet « non négociable » et le « seul moyen pour assurer la souveraineté européenne » et limiter notre dépendance aux moyens de paiement américains, c’est ce que décrète Aurore Lalucq, la présidente de la commission des affaires économiques et monétaires au Parlement européen, au sujet de l’euro numérique.
Selon elle, accéder au cash devient un parcours du combattant (ndlr : à noter que CB teste actuellement le « retrait en magasin CB », qui permettrait, notamment dans les zones les plus reculées, de retirer des espèces chez son commerçant habituel). Les agences ferment et ce sont les plus fragiles qui se retrouvent privés d’un outil de paiement essentiel. Face à un monde qui bascule dans l’ère numérique, il n’est pas possible de payer avec des billets et des pièces sur internet, ce qui justifie la création d’un euro numérique pour payer en cash dans le monde digital. En conséquence, Aurore Lalucq encourage les banques françaises à participer activement à l’euro numérique, et affirme qu’il permettra d’avoir des rails de paiements souverains, sans opposition entre public et privé.
Les états membres ont été difficiles à convaincre, mais à présent, le dossier a été débloqué au niveau européen, et rien ne pourra l’arrêter. Pour la députée, « quiconque ira contre l’euro numérique ira contre l’euro et contre la souveraineté de l’Union européenne. Qui peut refuser de protéger notre souveraineté ? Notre monnaie ? Les classes moyennes ? Nos données ? L’histoire les nommera ». Elle ajoute que « l’euro numérique, c’est pour les Européens : plus de pouvoir d’achat, plus de liberté, plus de souveraineté sur leurs données ».

Daniel Baal, président de la Fédération bancaire française
Pour Daniel Baal, la Banque centrale européenne, à l’inverse de toutes les autres banques centrales en dehors de celle de la Chine, veut avancer très vite sur son projet de monnaie numérique (MNBC), et notamment sur l’euro numérique de détail.
Ce projet devrait se concrétiser au plus tôt en 2029 mais, selon le président de la Fédération bancaire française (FBF), « c’est une erreur stratégique et politique qui ne réglera pas le problème de la souveraineté européenne dans les paiements et n’imposera pas l’euro comme monnaie internationale. S’il doit se mettre en œuvre, nous ferons des propositions pour rendre le projet moins néfaste, notamment en matière d’utilisation des infrastructures existantes, d’obligation de transiter par des solutions européennes, et de limiter la détention d’euro numérique ».
Il ne se dit pas opposé au partenariat public-privé sur la question de l’euro numérique de détail. Il affirme que « la monnaie a toujours reposé sur un équilibre public-privé. Le numérique ne doit pas l’abîmer, mais le prolonger. Pour autant, un partenariat n’est réel que si chacun y trouve sa place et si l’intérêt général est servi sans fragiliser le financement de l’économie ».
Si on cherche un airbus européen des paiements, il importe de s’appuyer sur une infrastructure et des usages qui existent, mais également d’être vigilant sur le sujet de l’anonymat. Enfin, concernant la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme, il est à noter que l’euro numérique risque d’être difficilement traçable.
Au-delà de l’euro numérique de détail, le patron de la FBF estime que les vrais sujets technologiques et de souveraineté pour l’Europe sont : l’euro numérique de gros, les dépôts tokenisés et les stablecoins en euros. Une direction à prendre pour offrir une vraie alternative au dollar US.

François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, défend le projet d’euro numérique, critiqué par la Fédération bancaire française et le patronat.
« Je ne crois pas qu’il y ait opposition entre les structures privées, CB et Wero d’une part, et l’euro numérique. C’est l’euro numérique + CB et Wero, et c’est ça la solution de souveraineté européenne complète ! L’euro numérique sera une occasion unique pour les banques françaises de donner corps à un partenariat public-privé. La coexistence d’un moyen de paiement numérique universel en monnaie publique et d’une offre riche de solutions privées est naturelle et nécessaire.
Si nous avions une guerre européenne, les seuls gagnants seraient les acteurs américains ou les émetteurs de stablecoins. »
Quelques pilotes d’innovation récents
du LAB by CB
Payer avec une bague, sans carte et sans smartphone
En 2025, CB a testé le paiement sans contact via une bague. Une expérimentation inédite qui a permis à une centaine de volontaires de régler leurs achats en magasin en approchant leur bague d’un terminal de paiement CB. Cette bague connectée permet de payer en sans contact grâce à la technologie CPACE, issue des travaux de l’European Card Payment Cooperation.
Pendant la phase test, plus de 3 700 transactions ont été réalisées. Les retours des participants confirment la simplicité, la rapidité et la fluidité du paiement par bague : 57 % ont utilisé la bague comme moyen de paiement principal et 75 % se sont déclarés prêts à souscrire à cette bague de paiement à l’issue de l’expérimentation.
Payer avec une carte biométrique
Thales vient de faire agréer sa carte de paiement biométrique par CB, une première sur le réseau français. La carte associe un capteur biométrique intégré à la carte pour authentifier l’utilisateur par empreinte digitale à une technologie de sécurisation des paiements sans contact. Cela sans avoir à mettre à jour les terminaux de paiement des commerçants français. Cette carte biométrique permet, par exemple, aux personnes malvoyantes d’effectuer un paiement sans avoir à saisir leur code confidentiel sur un écran tactile, ce qui est souvent source de difficultés pour elles.

Payer avec son agent IA
L’IA agentique permettra de repenser les parcours de paiement avec de nouveaux comportements des consommateurs. Le particulier pourra, par exemple, demander à son agent IA d’acheter un téléviseur ou de lui réserver des places de concert. En donnant un mandat d’intention à son agent IA, celui-ci pourra même effectuer les tâches de paiement sans avoir recours à l’humain. Ce dernier trouvera directement ses places dans sa boîte mail le lendemain matin, sans avoir eu à intervenir. Une transaction totalement IA, du début à la fin. Des avancées technologiques importantes qui soulèvent de nombreuses questions, notamment en matière de responsabilités : qui sera tenu responsable en cas de désistement, l’agent IA ou le réseau CB ? Quels mandats maximums mettre en place ? Quelle désintermédiation cela implique-t-il ? Autant d’interrogations qui en sous-tendent une autre, plus fondamentale : à quel point l’IA pourra-t-elle remplacer l’humain ?





