Rencontre avec Yves Cornu, directeur général de FACIL’iti

Polyglotte, parlant cinq langues, Yves Cornu est un chef d’entreprise qui a fait ses armes dans l’industrie du luxe, plus précisément dans la haute couture, travaillant notamment dans l’univers des soieries et des tissages de haute facture. Dorénavant à la tête de la société FACIL’iti, il nous en expose l’ADN et ses fondations.

Quel est votre parcours professionnel ?
Je suis directeur général de FACIL’iti et vice-président des Conseillers au commerce extérieur de la France en Nouvelle-Aquitaine, nommé par décret du Premier ministre en 2014. De formation universitaire littéraire (Sorbonne 1985-1990), je reprends mes études à EM Lyon en 2008 (MBA). Après une première partie de carrière dans la grande distribution (Kiabi), je prends la direction d’une entreprise historique de tissage de soierie en région lyonnaise, la fais évoluer pour la restructurer, la faire passer du XIXe au XXIe siècle. Je repositionne alors l’entreprise sur des marchés export innovants (30 % du CA en Chine et au Brésil) avant de la revendre. Mes fonctions de vice-président des Conseillers commerciaux français me donnent l’opportunité de rencontrer Frédéric Sudraud lors de la conception de FACIL’iti. Je décide alors de rejoindre cette aventure et d’utiliser mon réseau pour aider à positionner la startup au niveau mondial, par exemple ouvrir une filiale au Japon dès la première année d’existence. Je suis P-D.G de cette filiale.

Par quel biais êtes-vous passé de l’univers du luxe à celui du digital ?
J’ai adoré travailler dans le monde du luxe, pousser toujours plus loin les limites de la création pour répondre aux exigences (voire aux caprices) d’un créateur quelques jours avant son défilé haute-couture. Quelle joie et quelle fierté de voir des chefs-d’œuvre sortis de nos métiers à tisser sur les catwalks du monde entier ! Quel honneur et quelle émotion de voir un grand créateur faire une rétrospective au Grand Palais et retrouver parmi les quelques robes choisies certaines issues de nos ateliers ! Et puis un jour la collection de trop, le stress de trop et c’est le burnout. Je décide alors de prendre du recul et de rechercher plus de sens (moins de futilité ?) dans une nouvelle vie. Et c’est au hasard d’une rencontre avec Frédéric Sudraud, le fondateur de FACIL’iti, que nous décidons d’avancer ensemble dans cette magnifique aventure, la faisant passer en quelques années d’une jeune startup à une entreprise internationale.

Comment a démarré l’aventure FACIL’iti ? Quel est son ADN ?
Historiquement Frédéric Sudraud dirige une agence de communication de portée locale à Limoges. Signe particulier ? Un ADN définitivement orienté vers la RSE. Des valeurs fortes portent l’entreprise : le respect de l’environnement avec un siège social en structure bois, totalement déconstructible et neutre en émissions carbone ; le respect de l’humain avec l’intégration dans cette petite équipe de personnes en situation de handicap, ou d’autres ayant eu un parcours de vie cabossé ; l’innovation avec la possibilité pour chaque collaborateur de travailler sur des projets personnels sur son temps de travail.
C’est ainsi que l’idée de FACIL’iti est née de la réflexion d’un stagiaire en 2012. Dès le départ, nous avons donné une place centrale aux utilisateurs dans le développement de l’outil, afin de répondre au plus près à leurs besoins. FACIL’iti a donc été co-construite avec des associations liées au handicap telles que l’Unadev, France Parkinson ou l’APF, ainsi que des personnes en situation de handicap. L’idée étant de répondre aux vrais besoins des vraies gens avec des difficultés diverses, comme la dyslexie, le daltonisme, la malvoyance, la maladie de Parkinson, la cataracte, la fatigue visuelle, les troubles de l’attention…
N’oublions pas que, selon l’OMS, 25 % de la population mondiale présente des difficultés de navigation en ligne. Ces internautes ne peuvent pas lire, comprendre ou interagir de façon optimale avec le contenu d’un site à cause de l’âge, de la maladie ou d’un handicap.

Votre société n’a de cesse de progresser en France et à l’international. Comment expliquer cette croissance ?
Effectivement la croissance a été immédiate, et ce pour plusieurs raisons. Déjà bien sûr la qualité de notre produit : à la différence d’autres produits existants au niveau international qui sont entièrement standardisés et automatisés, FACIL’iti est une solution personnalisable adaptée par des humains à chaque cas de figure. Nous faisons du sur-mesure et pas du prêt-à-porter ! Ensuite un enrichissement permanent de l’offre proposée, par exemple cette année nous avons ajouté des adaptations destinées à des personnes présentant des troubles de l’attention, nous sommes les seuls à le faire. Enfin bien sûr une gestion raisonnée de cette croissance.

Quel est votre modèle économique ?
Il est basé sur deux parties distinctes : un forfait de mise en place, comme je le disais la solution est adaptée aux outils (site web, intranet, etc.) de chaque client puis un abonnement qui en fait un modèle récurrent.

Qui sont vos principaux clients ?
Ayant prouvé que notre solution ne créait pas de failles de sécurité et ne captait aucune donnée des utilisateurs, nous avons pu convaincre les plus grandes entreprises françaises avec des sites très sécurisés comme des banques ou des assurances, la plupart des grands sites de e-commerce français, des acteurs du luxe et des organismes publics. Toute entreprise ou organisation possédant un site internet est potentiellement notre client.
De plus, FACIL’iti fonctionne sur tous types d’écrans, tablettes, ordinateurs ou smartphones. En 2025, le « European Disability Act » entrera en vigueur, les entreprises vont ainsi être contraintes de fournir une information inclusive en ligne. Il existe donc actuellement une vraie demande.

Vous travaillez beaucoup avec l’Asie et en particulier le Japon. Est-ce lié à l’obtention du Prix de la startup de l’année en 2018 ?
En effet le Japon est de loin notre second marché après la France. L’aventure a commencé là-bas de façon incroyable. En 2018, quelques mois après la création de l’entreprise, FACIL’iti remporte à Vivatech, le grand salon de la Tech en Europe, le Prix TF1 de la startup de l’année. Cette récompense nous offre bien sûr une grande visibilité et quelques semaines plus tard j’ai été contacté par les autorités japonaises. La raison ? Le Japon est confronté à un problème sociétal crucial : le vieillissement de la population. Son taux de natalité est très faible, il n’existe quasiment pas d’immigration, il y a donc un manque crucial de main d’œuvre et toutes les démarches doivent se faire en ligne. Nos interlocuteurs japonais nous proposent donc de venir pour leur présenter FACIL’iti et voir si la solution peut s’adapter aux seniors de leur pays. Nous partons donc à Tokyo avec Frédéric Sudraud. L’intérêt est immédiat. Nous décidons donc d’ouvrir une filiale à Tokyo (ce qui n’était pas du tout prévu dans notre business plan de l’année 1). Bien nous en a pris ! Aujourd’hui nous équipons le site officiel du gouvernement japonais, différents ministères, les villes de Tokyo et Kyoto, ou encore des sites de très grandes entreprises. L’équipe sur place ne cesse de croître.

Vous avez une politique RSE extrêmement compétitive et intelligente. Pouvez-vous nous en parler ?
En effet il nous semble inconcevable de proposer une solution favorisant l’inclusion sans être nous-mêmes une société inclusive. Notre engagement est donc très fort en interne et en externe et nous avons été certifiés B Corp dès 2020 pour notre haut niveau d’engagement sociétal et environnemental. Preuve de l’exigence des critères de cette certification internationale, quand nous l’avons obtenue, moins de 200 entreprises françaises étaient certifiées. Cela passe par un siège social neutre en émission carbone, des ruches implantées autour de notre bâtiment, le recrutement de personnes en situation de handicap ou au parcours atypique voire exclues de l’emploi. Nous reversons également une partie de nos bénéfices à des associations, etc.

Quel est votre perception du futur dans ce domaine ?
FACIL’iti continue d’évoluer avec de nouvelles pistes de recherches afin d’accompagner le plus d’utilisateurs possible sur internet. Nous souhaitons continuer à développer de nouvelles fonctionnalités qui répondront aux problématiques quotidiennes des internautes pour un monde toujours plus inclusif.
Les axes de recherche et développement de FACIL’iti sont notamment l’accompagnement des personnes concernées par les déficiences intellectuelles, les troubles cognitifs et l’ajout de nouvelles fonctionnalités. L’enjeu sociétal de pouvoir répondre aux besoins des personnes n’ayant pas un accès adapté au monde numérique est essentiel à nos yeux. FACIL’iti accélère sa présence en dehors de l’Hexagone par le biais de sa filiale au Japon mais également aux États-Unis, en Suisse et au Canada.

Des nouvelles passionnantes du Japon !

FACIL’iti accélère sa présence en dehors de l’Hexagone à l’international par le biais de sa filiale au Japon.

L’accessibilité n’est pas seulement un engagement, mais un parcours transformateur. Le gouvernement du Japon montre la voie avec la récente mise en œuvre des normes industrielles japonaises (JIS) et la loi sur l’accessibilité du 1er avril 2024.
Cette étape importante souligne son engagement en faveur de l’inclusivité et la garantie que chacun ait un accès égal aux plateformes numériques. Mais attendez, il y a plus ! Nous sommes ravis d’annoncer que dans le cadre de cet effort monumental, FACIL’iti a été choisi comme premier outil d’aide à l’accessibilité numérique. FACIL’iti n’est pas qu’une solution, c’est un phare d’innovation, éliminant les barrières et ouvrant les portes à une expérience en ligne plus inclusive pour tous. Que vous soyez propriétaire d’entreprise, développeur ou simplement passionné d’accessibilité, FACIL’iti vous permet de faire une différence tangible. Avec une interface conviviale et une technologie de pointe, il n’a jamais été aussi simple de garantir que votre site Web soit accessible au plus grand nombre, quelles que soient ses capacités ou préférences.

www.facil-iti.fr

 

Site Web |  Plus de publications